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25
Avr
2008

El Topo, d’Alexandro Jodorowsky

Je me lance ce soir dans un exercice des plus étranges: la chronique de film simultanée. Un peu comme un commentaire de match de foot, si vous voulez, mais pour un film.

Le film sur lequel j’ai jeté mon dévolu est un long-métrage d’Alexandro Jodorowsky. J’avais vu il y a quelques années un film de ce cinéaste–metteur-en-scène—scénariste-de-bandes-dessinées (pour ceux qui connaissent un peu: l’Incal, le machin incompréhensible et un peu fumeux illustré par Giraud alias Moebius, c’est sa faute à lui). Le film s’appelait Fando et Lis, et c’était un trip symboliste sous acide, ou quelque chose du genre.

El Topo

Ce film-ci, dont j’ai manqué les premières minutes, est un western un peu étrange, tourné semble-t-il en espagnol. À l’instant, un chef de bande style pillard mexicain, avec col en fourrure (…), s’essuie le visage avec les pages d’une bible (type bible à 42 lignes de Gutemberg), met en route un gramophone, et avec ses sbires fait danser des moines franciscains retenus en otage. Et ça tue des pauvres peones pour le plaisir, sans que le réalisateur s’attarde une seconde sur ce point: ça n’est probablement pas le sujet du film.

Je reviens vers vous dès que j’en aurai compris un peu plus

Mort du Colonel

Voilà, les choses se précise. Aperçu au début du film, voici un justicier solitaire en costume sombre, élancé (tandis que notre pillard, nommé «le Colonel», est ventru, a le visage maquillé de blanc, et s’habille en Napoléon de pacotille), et barbu. Élégant et barbu: c’est une figure christique. Le Colonel demande d’ailleurs: «qui es-tu pour me juger?», et notre Christ de répondre: «Soy Dios» («Je suis Dieu»). On sent pointer le symbolisme un peu lourd, quoique pas toujours facile à cerner: notre Christ se balade avec un enfant nu (…), livre le Colonel à ses sbires qui l’émasculent avant qu’il ne se suicide, abandonne l’enfant aux Franciscains et embarque la gonzesse du Colonel. N’allez pas chercher un bout de morale chrétienne ici. 😉

(…)

Le désert

La dame embarquée est désormais nommée Mara, en résonnance au nom de l’eau amère d’un récit biblique impliquant Moïse (est-ce lié aux eaux sur lesquelles l’enfant «sauvé des eaux» fut retrouvé dans le récit, ou bien à une des douze plaies d’Égypte? je ne sais plus trop). Mara et celui qui est sans doute El Topo (du moins j’ai décidé de l’appeler ainsi) vont se perdre dans le désert. C’est là que Mara met El Topo au défi de tuer les quatre maîtres du révolver qui peuplent le désert. El Topo accepte.

(Entre deux épisodes, on trouve des images où Jodorowsky passe du sable à l’eau: les personnages se baignent ou s’engloutissent aussi bien dans le sable que dans l’eau d’un lac ou d’une oasis. La nudité, la pénétration et la pulsion de meutre se mêlent à ces plongées dans l’une ou l’autre matière.)

Les quatre maîtres du désert

El Topo s’acquitte de sa tâche avec beaucoup moins d’aisance qu’on ne l’aurait cru. La figure christique a disparu, et c’est un homme apeuré, presque un enfant, qui rencontre et tue (le plus souvent par traitrise) les différents maîtres. Le rapport de force entre l’homme et la femme a résolument changé. Mais une deuxième femme (sortie d’on ne sait où) vient se joindre à l’expédition et trouble le jeu. Elle a clairement l’ascendant sur la première (lors d’une scène, elle lacère le dos de Mara de son fouet, avant d’embrasser son dos meurtri).

Les quatre maîtres sont tous plus étranges les uns que les autres: un aveugle assorti de deux infirmes, un berger perfectionniste, un vieillard sans révolver. Le film continue de se dérouler et les trois premiers maîtres sont morts. Le quatrième se suicide pour démontrer que la vie ne lui importe pas (un trait commun à tous les quatre, semble-t-il).

La mort

Je me rappelle maintenant un peu de Fando et Lis, un film qui semblait s’annoncer comme une quête mais où l’on comprend vite que le concept de quête est vain: la seule chose qui attend les protagonistes, c’est une errance démentielle, entre la chair, la mort, la souffrance, le plaisir, l’insignifiance.

La figure christique n’existe plus. L’homme a maintenant les cheveux éparpillés, la barbe sale et ternie, le regard dans le vide. Il marche maintenant en haillons sur un pont au dessus d’un précipice, se lamentant: «Mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné?». Il écarte les bras tandis que la deuxième femme lui transperce de ses balles chaque pied et chaque main. La première femme, Mara, assène le coup au flanc. Si ça ne vous dit rien, il vous manque quelques notions de culture chrétienne de base. 😉 Revoici donc la figure christique, mais nous n’avons ici que la mise à mort, aucun martyre et aucune rédemption universelle. À quoi bon? Y aura-t-il une résurrection cinq ou dix minutes de pellicule plus tard?

Symboles sans signification?

Ce qui est saisissant, c’est que malgré l’avalanche de symboles (religieux, psychanalytiques, surréalistes, nonsensiques…), rien ne fait sens. Chaque scènette pourrait être analysée, mais l’accumulation de toutes ne colle pas: elles se contredisent souvent entre elles, ou bien leur seul nombre empêche toute interprétation. Donc: soit le message est délibérément obscur, soit il n’y a pas de message. Jodorowsky pratique peut-être une sorte de nouveau symbolisme: de même que le nouveau roman déconstruisait le roman, le nouveau symbolisme déconstruirait le symbolisme; les symboles ne font plus sens.

Si on veut tout de même chercher des explications plausibles, un message ou un propos, voici mes candidats jusqu’ici:

  1. Le message est qu’il n’y a pas de message possible (hypothèse «nouveau symbolisme»).
  2. Le message est que toute chose est insignifiante et que toutes choses sont égales (vie, mort, sexe, domination, juissance). Cela colle bien à toute la partie du film jusqu’à la mort d’El Topo.
  3. Le message est une déconstruction du mythe chrétien, avec ce personnage qui suit un parcours christique détourné, puis ressuscite pour déclarer: «ce n’est pas mon visage!» (il se rase alors la barbe et les cheveux, reniant le rôle de messie auquel on l’appelait). La deuxième partie met en scène une ville dominée par de vieilles rombières exclavagistes et apparemment nymphomanes qui font marquer au fer rouge le symbole du divin (un œil dans un triangle) sur la peau de leurs esclaves.

Je penche pour la première solution, mais je crains que la vraie réponse ne soit à chercher dans un jeu de construction d’images (les symboles n’étant alors que des prétextes). Difficile à dire pour moi, qui suit très peu sensible aux images (un film est pour moi, sur le plan esthétique, une bande son et des ambiances). De ce point de vue, El Topo me semble esthétiquement un peu pauvret.

Fin des hostilités

Un peu intrigué par ce film au début, j’avoue ne pas y avoir trouvé un grand intérêt, notamment dans cette deuxième partie (qui semble confirmer la satire chrétienne mais le trait est tellement chargé que j’ai du mal à y croire). Je pense donc écourter mon visionnage de film (j’en suis à 1h40 sur 2h de film environ), ou du moins finir mon commentaire simultané ici.

Pour une vraie critique, on pourra lire celle du Dr Orlof: Western sous acide. Je vous recommande d’ailleurs la lecture assidue de son remarquable blog.

Auteur de l'article : Tibert le Chat

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